Cellou Dalein: «c’était un soulagement pour moi de voir Macron remporter l’élection»

mai 11, 2017 11:35
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Le mardi 9 mai, Cellou Dalein Diallo a accordé à la presse une interview à son QG à Hamdallaye-CBG. Le chef de file de l’opposition s’est prononcé sur plusieurs sujets, notamment la question d’un troisième mandat, sa tournée à l’intérieur du pays, la menace de l’opposition de descendre dans la rue, l’affaire des 500 millions du chef de file de l’opposition, l’élection d’Emmanuel Macron à la tête de la France

Guinéenews : monsieur le président, est-ce que lors de votre tournée vous avez parlé de l’affaire d’un éventuel troisième mandat pour Alpha Condé ?

Cellou Dalein Diallo : j’ai parlé également de deux choses lors de ma tournée. D’abord le combat qu’on est obligé de mener pour l’application de l’accord politique du 12 octobre 2016. Mais ensuite, la nécessité pour nous de rester mobilisés contre le tripatouillage de notre Constitution. Parce que vous avez vu déjà M. Alpha Condé veut entretenir l’ambigüité. Il dit que c’est le peuple qui décidera le moment venu. Après il fait l’éloge des régimes où la constitution a été modifiée ou en tout cas il n’y a pas de limitation de mandats. Il essaie d’appliquer les performances du Rwanda, de la Malaisie à l’absence de limitation de mandats. C’est trop facile. Et ça, en disant aux Européens que l’Afrique est mûre, il ne faut plus qu’ils s’en mêlent.  Il faut qu’on s’enferme encore, on organise des mascarades électorales, on tripatouille la constitution pour que les ONG et les gouvernements occidentaux ne disent rien. Ça, c’est pour préparer les esprits. L’Afrique est mûre, bien entendu, mais s’il n’y a pas de violation des droits de l’homme, Amnesty International, Human Watch Right, FIDH ne s’en mêlent. Mais lorsqu’il y a ces cas, naturellement les gens réagissent et condamnent. Cela, c’est le monde qui est devenu un village où les gens essaient de faire respecter partout les droits humains, les règles et principes de la démocratie et de l’Etat de droit. Il ne faut pas dire qu’on est mûr et indépendant depuis plus de cinquante ans, on s’enferme chez moi, tripatouille la constitution, s’éternise au pouvoir, viole les droits humains. C’est cela la souveraineté de nos pays et personne ne doit interférer. Aujourd’hui, on parle d’ONG, mais aussi de la presse, parce que vous jouez un rôle important dans la dissuasion.

Guinéenews : certains de vos adversaires disent que vous profitez des mariages pour faire des cortèges, d’autres parlent d’une tournée de restructuration parce que le parti a besoin de se réorganiser et qu’il traverse une guerre de leadership. Qu’en dites-vous ?

Cellou Dalein Diallo : je ne vais pas répondre à cela. Vous avez vu mes cortèges parce que l’événement n’était pas couvert par toute la presse, mais ceux qui étaient là l’ont bien fait. C’était du direct. Les gens ont vu. Et vous savez que pour mobiliser des gens, Cellou Dalein n’a pas besoin de profiter d’un mariage. Partout, c’étaient des marrées humaines qui m’ont accueilli. Ce n’est pas une question de leadership. L’UFDG se porte bien. Et cela montre désormais que dans toutes les régions, il y a une confiance dynamique en l’UFDG. Il n’y a pas de souci, je voudrais profiter pour remercier très sincèrement les populations qui m’ont accueilli de manière chaleureuse, y compris des notabilités. Parce que vous savez, s’il n’y a pas de contact, parfois ça donne de l’espace à ceux qui organisent les campagnes de calomnie. En Haute Guinée, on a dit à ces gens en 2010 et ça continue, que Cellou au pouvoir, c’est le cauchemar de cette région. Et puis cela était ancré en certains. Mais avec ce contact, il y a beaucoup qui ont eu heureusement le temps de se poser des questions face aux déceptions, aux frustrations, mais aussi de la mauvaise gouvernance, de la non-tenue des engagements pris. Les gens se sont posé ces questions. J’ai été accueilli partout dans les ruelles, dans les grandes rues comme vraiment un fils des deux régions que j’ai visitées. Je tiens à vraiment exprimer mes sentiments de profonde gratitude à ces populations, à ces patriarches, à ces sotikémo, à ces imams qui m’ont reçu vraiment comme leur fils. Bien évidemment [ce qu’on leur a raconté] n’était pas fondé. C’est pour des raisons politiques qu’on m’a présenté comme quelqu’un qui était contre la Haute Guinée en disant que si je suis au pouvoir, ils n’auront rien. Mais lorsque j’étais ministre des Travaux publics, je sais combien de fois je me suis battu pour la promotion et la mise en œuvre des projets de désenclavement de cette région. Ceux qui connaissent la région, Kouroussa-Kankan, cette route avec le pont sur le Niger à Yirikidi. Kankan-Siguiri avec les deux ponts, le plus grand ouvrage de franchissement de la République. Pendant toute l’histoire, il n’y aura pas un ouvrage de franchissement aussi grand que le pont sur le Niger à Djélibakoro (500 m), le pont à l’entrée de Siguiri sur le Bafing, plus de 300 km de route bien bitumée entre Kouroussa et Kourémalé. Cette route est en bon état jusqu’à présent. Donc, dire que je n’aimais pas cette région, à l’époque c’est sur la base de rentabilité des projets qu’on définissait les priorités du pays. Et même avant de quitter, j’avais fait une requête auprès de la BAD avec mon ami Kassy qui était ministre des Infrastructures de la Côte d’Ivoire pour faire Boundiali-Odiénné-Mandiana-Kankan avec le pont sur le Sankarani. Les requêtes étaient faites et la BAD avait envoyé des missions ici avec les ingénieurs ivoiriens  pour aller faire la reconnaissance des lieux. C’était au retour de la mission de Conakry qu’il y a eu le déclenchement de la rébellion en Côte d’Ivoire. C’est ce qui a suspendu complètement le projet. La région forestière, vous connaissez la route Sérédou-N’Zérékoré-Lola. Il y avait le projet Lola-Danané que j’avais commencé à promouvoir auprès des bailleurs de fonds. Et dans le PST que j’avais élaboré à l’appui de l’Union Européenne pour les cinq ans, de 2005 à 2010 c’était aussi le projet Yomou-Kankan (520 km). Donc, les gens ont compris parce qu’ils ont eu le temps de réfléchir. On m’a posé pourquoi je n’ai pas fait cette campagne ? Parce que l’intoxication avait porté. Il était difficile pour les gens de comprendre. Aujourd’hui avec les déceptions, les gens ont eu le temps de réfléchir, de s’interroger, de répondre. Je pense qu’elle a été bénéfique. Si je l’avais faite plus tôt ce n’était pas évident que je rencontre le même succès.

Guinéenews : on vous accuse de percevoir mensuellement 500 millions GNF en tant que  chef de file de l’opposition. Qu’en est-il réellement ?

Cellou Dalein Diallo : le statut de chef de file de l’opposition a été adopté comme loi de la République en décembre 2014. Et cette loi prévoit des avantages comme frais de représentation du chef de file de l’opposition qui devient une institution et qui prend place au rang protocolaire immédiatement après les institutions républicaines. C’était prévu que dès 2015 que le chef de file de l’opposition puisse avoir un budget, une voiture de commandement et une voiture de sécurité. Mais le pouvoir avait bloqué pour quelle raison ? Je ne sais pas et je n’ai jamais revendiqué puisque l’initiative de la loi était du président de la République, lui-même, et puis il a décidé de bloquer les avantages et je n’ai rien dit.

En 2015 on a rien eu. En 2016 aussi. Et le 24 février 2017, je reçois une lettre du ministre du Budget m’informant qu’il y a une ligne budgétaire de 5 00 000 000 Gnf pour le chef de file de l’opposition. Après, une deuxième lettre arrive pour m’indiquer que ce montant sera versé sur un compte public pour le chef de file de l’opposition en raison de 1 250 000 000 GNF par trimestre. Et puis un arrêter est pris pour faire cette subvention. Le compte aurait été ouvert. On m’a donné le nom. Au moment où je quittais pour ma tournée à l’intérieur du pays, aucun montant n’était encore tombé. Donc, je ne suis pas encore reçu un sou. Mais ces 1 250 000 000 GNF, précise-t-il en brandissant l’arrêter signé du ministre du budget pour le premier trimestre de 2017. C’était prévu une véhicule de commandement et un véhicule d’escorte. Je n’ai pas encore reçu ni l’argent ni les véhicules en question. Mais j’ai reçu notification de l’existence des crédits et des modalités du versement du montant de cinq milliard de nos francs. C’est un milliard deux cent cinquante millions, chaque trimestre. Mais à ce jour, en ma connaissance, rien n’est tombé sur le compte. On m’a appris que l’ordre de virement a été émis et qu’il n’était pas encore exécuté. Le refus d’octroyer les avantages au chef de file de l’opposition pendant deux ans alors que la loi a été votée, est une violation de la loi. Je ne veux pas me plaindre pour cela parce que je n’ai jamais posé problème. Ce n’est pas pour Cellou encore, c’est pour le chef de file de l’opposition donc, c’est impersonnel. On a dit que le parti d’opposition qui aura le plus grand nombre de députés à l’Assemblée bénéficiera du statut du chef de file de l’opposition et les avantages en termes protocolaires et en termes de constitution de son cabinet, son fonctionnement pour la représentation. Voila, c’est devenu la loi. C’est vrai que l’initiative a été prise en 2014 par le président de la République et elle a été adoptée à l’unanimité. Beaucoup de députés en parlent mais, ils ont voté pour. Ma vocation à moi, ce n’est pas d’être chef de file de l’opposition mais d’être le président de la République, soyez en sûrs ».

 

Guinéenews : monsieur le président, l’opposition menace de reprendre les manifestations de rue. Et récemment, nous avons entendu le Kountigui (patriarche) de la Basse Côte dire que quiconque brûle un pneu, il le mettrait sur son cou. Et il y a aussi Aboubacar Soumah, ancien membre de l’UFDG, qui vous a accusé, vous et Mamadou Sylla, d’être à l’origine de la crise de leadership au sein de la coordination de la Basse Côte. Que répondez à cela ?

Cellou Dalein Diallo : je parle souvent de l’Etat de droit. Nous avons une constitution qui nous donne le droit à toute association d’organiser sur les places publiques et dans les rues des manifestations pacifiques. C’est la constitution qui donne ce droit. Maintenant, je ne sais pas si une personne aussi a le droit d’interdire ça, puisqu’on a dit qu’on ne demande pas l’autorisation. On a une obligation de déclaration préalable. Pour moi, c’est la loi.  C’est ce qu’on fait et c’est ce qui est autorisé par la loi. Nous sommes des républicains. Donc, je ne réponds pas à d’autres questions, est-ce que quelqu’un peut s’arrêter et dire que non. Pour nous, l’obligation qui nous incombe, c’est de faire une déclaration préalable. On la fera. Et la dernière grande manifestation qu’on a organisée le 16 août 2016, on a travaillé étroitement avec le gouverneur et les forces de défense et de sécurité pour qu’il n’y ait pas de dérapages. Et chacun a pris ses responsabilités. La manifestation a été pacifique. Sauf à la dernière minute, lorsque les policiers nostalgiques ont rencontré ceux qui rentraient, ont décidé de tirer sur eux sous prétexte que la manifestation était terminée et qu’aucun regroupement n’était plus autorisé. Alors qu’ils venaient du stade vers la haute banlieue à pieds. On a tiré sur Thierno Hamidou Diallo qui n’a pas pris part à la manifestation, qui en est mort. Une femme a reçu une balle dans la cuisse. Aujourd’hui elle est paralysée. Un autre a reçu une balle au cou. J’étais obligé de l’envoyer au Maroc pour extraire la balle de son cou. Tout cela, parce que simplement, certains policiers nostalgiques ont vu des gens qui rentraient, qui n’étaient pas du tout violents et les ont tirés dessus.

Guinéenews : monsieur le président, un mot sur la victoire d’Emmanuel Macron en France ?

Je me réjouis parce que la France était menacée de tomber sous le joug de l’extrême droite. Je ne pense pas que c’était bon pour la France. Ce n’était pas bon pour la France, ni pour l’Europe et non plus pour la coopération franco-africaine. C’était un soulagement pour moi de voir Emmanuel Macron l’emporter. Je lui ai adressé des félicitations et je lui ai souhaité bonne chance.

Propos recueillis par Alhassane Bah

 

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