La constitution ne prévoit que deux mandats pour le président et pas de révision…»

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Dans un entretien qu’il a accordé à votre quotidien en ligne en fin décembre 2016, Dr Dansa Kourouma, président du Conseil National des Organisations de la Société civile (CNOSCG),  s’est exprimé sur certains faits majeurs qui ont marqué l’année qui vient de s’écouler. Lisez!

Guinéennes: quelle est votre réaction par rapport à l’accusation de Global Witness qui a accablé Alpha Condé et son fils dans l’octroi des permis miniers frauduleux à Sable Mining ?

Dr Dansa Kourouma: Je crois qu’il revient Global Witness, qui accuse, d’apporter les éléments de preuve nécessaires. Ces éléments doivent être suffisants pour les juridictions nationales compétentes afin qu’elles se saisissent du dossier pour intenter au nom des citoyens guinéens une quelconque action judiciaire. On n’est pas encore au stade d’une procédure judiciaire, mais la société civile suit avec beaucoup d’attention le feuilleton. Les acteurs de la société guinéenne vont mettre de la pression pour que les autorités au plus haut niveau se prononcent sur ces accusations. La population doit connaître la position du président de la République par rapport à ces accusations de corruption qui ne font que se répéter.

Guinéennes: Qu’est-ce-que le CNOSCG pense de l’affaire de corruption de Rio Tinto avec le consultant français François Combret et ami du président pour empocher 10,5 millions $, le gouvernement dit qu’il n’était pas au courant, mais le Français persiste et signe qu’Alpha Condé était au courant?

Dr Dansa Kourouma: Sur le cas de Rio Tinto, c’est également des soupçons avec des éléments sonores que je n’ai pas encore écoutés. Donc, nous ne pouvons pas commenter les allégations ou les soupçons de corruption. La corruption est beaucoup trop sérieuse car c’est l’avenir de toute une génération, c’est pourquoi je demande à l’Agence nationale de lutte contre la corruption de se saisir de ce dossier pour mener les premières réflexions afin qu’un compte rendu ou des éléments d’explication soient fournis à l’Assemblée nationale. A qui il revient le droit de diligenter une enquête ou une procédure en la matière. Prouvés ou non, les soupçons de corruption décrédibilisent un Etat et ses dirigeants. Il est de la responsabilité du président de la République d’apporter les éléments de clarification d’une part et de créer toutes les conditions pour que la Guinée puisse se doter d’une loi anticorruption et des institutions qui sont incontournables dans l’élucidation et dans les enquêtes.

Guinéennes: où vous en êtes avec les audits pour situer la responsabilité des acteurs de la société civile ayant détourné les fonds de l’Union européenne ?

Dr Dansa Kourouma: l’audit de l’Union européenne est presque bouclé et nous avons le rapport préliminaire. Ce document est en lecture au niveau de l’organisation. C’est une procédure qui est en instruction donc je me dois de garder les secrets de délibération.

Guinéennes: Comment expliquez-vous votre silence par rapport aux événements qui ont marqué l’actualité socio-politique de ces deux derniers mois (attaque des préfets, violences de Siguiri, scandales financiers…) ?

Dr Dansa Kourouma:  Si je n’ai pas fait de communication médiatique là-dessus, c’est parce que la société civile était en retraite. Et après, je me suis rendu au forum des sociétés civiles de l’Afrique de l’ouest. Les travaux  ne me permettaient pas de me concentrer sur d’autres événements extérieurs qui sont survenus. Mais la responsabilité des événements de Siguiri se situe à deux niveaux. L’un est le fait de l’incivisme galopant au sein de la population et l’autre est l’insécurité devant un regard coupable du gouvernement et des institutions de ce pays. Ils  ne parviennent pas à créer des conditions de sécurité pour la population. De l’incivisme à l’irresponsabilité publique, le juste milieu doit être la retenue de la population qui doit respecter un certain nombre de valeurs sociétales, humaines et culturelles et qui ne sont pas en phase avec l’acte qui s’est perpétré à Siguiri. Si un jugement est fait par la clameur publique, on n’a pas la possibilité de savoir si la personne est innocente ou pas. C’est pourquoi dans un Etat de droit, force doit resté à la loi.  Mais, devant le silence coupable de l’autorité et devant l’impuissance publique à assurer la sécurité des populations, ces genres de scènes seront récurrents dans notre pays. Cela défie notre justice et l’autorité de l’Etat. Il faut que les populations comprennent que malgré les limites de la justice, nul n’a le droit de se faire justice soi-même.

Guinéennes: le sujet du troisième mandat est d’actualité. Pensez-vous que c’est un faux débat comme l’estime Dr Fodé Oussou Fofana ?

Dr Dansa Kourouma: Nous avons d’abord condamné les propos du directeur national de la police qui sont d’une irresponsabilité inacceptable. Dans la situation actuelle de la Guinée, nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs. La constitution guinéenne ne prévoit que deux mandats pour le Pr  Alpha Condé.Cette disposition ne peut faire l’objet de révision, la loi est très claire là-dessus. Mais la décision ultime appartient au peuple.C’est au peuple de prendre ces dispositions quand ces genres de menaces se pointent à l’horizon. Je sais que les Guinéens ont choisi l’interdiction des va-et-vient en ce qui concerne le mandat du président. Je ne dirais pas que c’est un faux débat. Car ça serait trop le banaliser, mais je dirais qu’il y a des garde-fous constitutionnels qui existent. Je demanderais aussi aux citoyens guinéens de s’intéresser à ce sujet. Car, au moment opportun, c’est la volonté du peuple qui s’imposera à toutes velléités politicienne ou individuelle de conservation du pouvoir.

Guinéennes: le retard des procès dans lesquels des proches du pouvoir sont cités est à vos yeux un manque de volonté du régime en place ou est-ce une ferme intention qui cautionne l’injustice et l’impunité en Guinée ?

Dr Dansa Kourouma: la Guinée patauge dans une impunité indescriptible. Cela, depuis les derniers moments du régime de Lansana Conté jusqu’à aujourd’hui. On ne parvient pas encore à lutter efficacement contre l’impunité dans notre pays. Je reproche au président de la République le fait de jouer le rôle de la société civile quand il s’agit de la gestion des grandes infractions surtout des délits économiques majeurs. Le rôle du président est d’appliquer et de faire appliquer la loi et cela amène à avoir des institutions judiciaires importantes et compétentes pour pouvoir instruire et juger les cas de délit économiques, les cas de corruption et d’autres actes de délinquances économiques ainsi que des crimes contre les droits de l’homme. Dans son discours du deuxième quinquennat, il a dit que l’impunité est finie. Mais nous n’avons pas encore vu des coupables de détournement de deniers publics purger leurs peines à la prison centrale. Au contraire, c’est parfois des innocents et des manifestants qui sont condamnés.

Entretien réalisé par Alpha Camara.

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