Forum minier de Conakry : les précautions à prendre dans la transformation de l’alumine ne sont pas suffisantes

mai 13, 2017 13:31
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Les violentes émeutes de Boké ont fait réfléchir. Les mesures prises ont calmé les populations, mais  elles permettront aux futures générations de vivre comme leurs pères ou doivent-ils abandonner les lieux par la destruction irréparable de leur environnement après les exploitations. Cette question est centrale pour deux raisons :

La première raison est que l’exploitation à ciel ouvert et le transport du minerai transforment le paysage et l’environnement. La réparation de cette destruction superficielle est possible si l’on rendait à la nature une partie  de ce que l’on lui prend comme gain et bénéfice, mais y a-t-il vraiment gain et bénéfice dans les exploitations minières ? Entre ce que les mines rapportent et la réparation coûteuse des destructions de l’environnement, la balance penche à vue d’œil.

Cela nécessite des explications : les redevances minières actuelles arrivent à peine ou tout juste à réparer les destructions en cours, mais les nécessités urgentes obligent les autorités à les répartir de façon radine et opaque dans les différents domaines de développement de base, alors que dans le fond, ce n’est pas la destination première de ces redevances minières. L’on a triché avec mère nature, une vraie fuite en avant. Au lieu que l’Etat utilise ce que lui rapportent les transactions minières elles-mêmes pour le développement communautaire, ce qui est son devoir régalien, il préfère profiter de ces redevances pour faire payer par la nature les frais insuffisants de ses soins de santé dont il a autorisé la dégradation.

La seconde raison est encore plus grave et complexe : la transformation de la bauxite en alumine nécessite une consommation d’énergie colossale pour faire tourner sans arrêt les turbines à plein rendement. On sait que les barrages hydroélectriques assèchent les terres en aval et détruisent les végétations, la cuisson de la bauxite nécessite une température avoisinant les 1200 degrés avec la production massive du dioxyde de carbone sans parler des déchets de cuisson dont on ne saurait où et comment stocker. Ces déchets d’usine seront plus envahissants et plus délétères que les ordures ménagères qui étouffent Conakry actuellement. 

Tous les pays africains parlent de la transformation des matières premières sur place pour mieux les rentabiliser, mais mesurent-ils les conséquences pour les futures générations, quand on sait qu’ils se soucient peu de l’environnement ?

 L’aveuglement et le manque de vision ont été le lot de nos pères et des pères de leurs pères et c’est peu par rapport à ce que nous nous préparons à faire et réservons aux enfants de nos enfants et à nous-mêmes. Puisque nous subsisterons en eux dans leur calvaire, qui sera plus le nôtre que le leur. Qui peut comprendre cela ?

Cependant, il existe un moyen primaire de retarder les échéances : Les populations doivent mettre du bémol dans les revendications et exigences, les gouvernants doivent faire preuve de moins de cupidité pour consacrer plus de moyens dans la réparation de l’environnement. 

 Le forum minier de Conakry  n’a fait qu’ouvrir la boîte de Pandore. Il faut la refermer ! Il faudrait beaucoup de lucidité, les ressources humaines existent pour peu qu’elles se mettent au service de l’humanité et non de chercher à remplir leurs poches trouées. Les biens de la nature ne peuvent pas être personnels. A bon entendeur, rendez-vous est pris devant le tribunal de l’histoire pour le jugement dernier. Paroles de zinzin ? 

Moïse Sidibé 

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