Guinée : pourquoi les indemnités du chef de file de l’opposition sont gelées?

mai 12, 2017 15:04
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De l’absolue nécessité du statut de chef de file de l’opposition en Afrique :

 «Quand sur une personne on prétend se régler, c’est par les beaux côtés qu’il lui faut ressembler… » Molière, ‘’Les femmes savantes’’.

Une fois encore, on ne sait ce qui a poussé les politiques du continent à se suivre à la queue leu-leu pour  se créer des complications. Les circonstances qui ont rendu Alpha Condé si favorablement disposé à faire un coup d’éclat de créer un poste taillé sur mesure pour Cellou Dalein Diallo et de ne pas l’assumer pleinement par la suite. 

Ce poste de chef de file de l’opposition chez les autres, est la volonté manifeste d’exhiber le côté esthétique de leur bonne gouvernance démocratique à l’opinion nationale et internationale. Ceux-là n’ont pas d’arrière-pensées politiques et se projettent dans le futur où tout un boulevard de postes honorifiques est ouvert et qui attend les anciens chefs d’Etat et éminents hommes politiques. Abdou Diouf, Alpha Oumar Konaré, Boutros-Boutros Ghali avaient été des lampistes mais ils n’ont hélas pas été suivis.

On le regrette pour l’ami Blaise Compaoré qui a écouté les sirènes de son parti qui se basaient aveuglement sur l’omnipotence du RSP (régiment de la sécurité présidentielle, le plus capé de la sous-région, croyait-on), mais qui a été submergé et emporté par les remous populaires et balayé par un simple coup de « Balai citoyen ».

 Le cas actuel du Venezuela est un scénario aggravé de celui qu’aurait vécu le Burkina en octobre 2014, si Blaise avait tenu mordicus l’os et tuer davantage ses compatriotes. Au Venezuela, Nicolas Maduro s’arc-boute et donne l’impression de tenir bon, mais pour combien de temps encore ? Le pays est exsangue et à genoux. Qui aura le dernier mot, entre la rue et le palais, puisque « ça casse à Caracas » ? Les Bolivariens ne tiendront tant qu’ils arriveront à entretenir les forces de sécurité et l’armée pour contenir les manifestants.

C’est le lieu de souligner que les vénézuéliens viennent de faire une trouvaille originale pour emmerder (stricto sensu) les forces de l’ordre. La bataille rangée se fait désormais entre gaz lacrymogène et cocktails « cacatov ». Ces bouteilles de défécations de toutes les couleurs et de toutes les consistances feront à coup sûr replier et fuir les forces de l’ordre comme des pestiférés. Et si certains de ces cocktails contenaient Ebola ou le choléra et autres, ça va se savoir rapidement. Cela n’est pas affirmé de façon fantaisiste, puisqu’on parle de manque cruel de médicaments dans ce pays où les malades sont légion et la matière première pour fabriquer cette arme est inépuisable. Les scatologues donneront plus de détails sur cette nouvelle arme de rue des manifestants qui risquent de se répandre partout dans le monde. Les forces de l’ordre vont-elles aussi utiliser les hydro-cureurs des fosses septiques des villes ?

 On parle déjà de 40 morts par balles, ce 11 mai,  mais la mobilisation ne faiblit pas. Dommage que personne ne pipe, alors que si un tel évènement se produisait avec ce nombre de morts en Afrique, le tollé aurait été autre. C’est pour cette raison que Blaise Compaoré avait abdiqué sous instigation de la France. Ne peut-on pas dire un petit merci à François Hollande, puisque s’il s’était tu, qu’aurait-il pu se passer ? On voit bien qu’en RDC où la France n’a pas assez d’emprise, les morts ne se comptent plus et au Venezuela, le silence général laisse libre cour à Maduro. 

Revenons sur terre : à quoi devraient servir les fonds destinés au chef de file de l’opposition ?

 D’autant qu’ils n’ont pas une destination de développement précise et déterminée qu’à contribuer à faire fonctionner les mouvements politiques et les structures des oppositions pour mieux mettre les bâtons dans les roues des pouvoirs, façon d’animer le jeu démocratique sans heurts ni violences, ce qui est loin d’être le cas dans les Républiques de Doumbelane, on ne sait qui l’a instigué aux Africains et pourquoi Alpha Condé a instauré et institué cette fonction de chef de file de l’opposition avec cette faramineuse indemnité pour radiner par la suite.

 Le regrette-t-il ou pas, en tout cas, il joue à la procrastination dans le paiement de ces indemnités pour faire subir le Supplice de Tantale à Cellou Dalein Diallo depuis décembre 2014. En faisant les comptes radins, de janvier 2015 jusqu’en mai 2017, le pouvoir reste devoir à l’UFDG 41 mois d’arriérés d’indemnités. L’Assemblée Nationale en est témoin, le peuple également.

 Au départ, le salaire d’opposant de Cellou était de 500 millions/mois, mais par une radinerie très chaloupée, l’on a décidé de ne donner que 1 milliard 250 millions par trimestre, la retenue sur salaire (RTS) de 100 millions/mois est nette, mais on n’a pas entendu pleurnicher Cellou.

Malgré tout, les 41 mois multipliés par 400 millions feront 16 milliards 400 millions de francs, c’est là où il y a problème. Cellou sait et a expliqué à tout le monde que Alpha Condé a dilapidé tous les sous et a placé le reste dans des MUFFA, on sait aussi que son gouvernement est fauché comme Job et Diogène réunis et il doit en outre indemniser les commerçants victimes des pillages lors des manifestations politiques de rue organisées par l’opposition sous sa direction. Comment Alpha pourra objectivement lui payer le rappel des 41 mois, sans compter les véhicules de fonction et les motos de cortège, dans ce déficit budgétaire sans rechigner ?

A supposer que les inspecteurs du contrôle économique et financiers demandaient à Cellou de présenter son bilan d’activités d’opposant pour mériter un tel salaire, sur quoi pourraient-ils se baser, et quelles seraient ses défenses ?

 On pose ces questions parce que beaucoup ignorent si ces fonds sont assujettis à une activité évaluable quelconque du service public ou si c’est un fonds indépendant laissé à la totale discrétion de son bénéficiaire. Dans ce cas, le métier d’opposant paie bien et les jaloux seront nombreux qui souffleront sur la braise.

Quel que soit le cas, une loi a été votée et un décret a été pris, à cet effet, et n’a jamais été respecté. Alpha Condé est pris dans ses propres cordes, il doit honorer sa décision et payer ces arriérés sans aucune arrière-pensée, en dépit de la menace de la même opposition de recommencer sa marche pour réclamer l’application d’autres promesses et accords politiques non respectés. Ça fait beaucoup. 

S’exécuter le plus vite serait le mieux, puisque les arriérés s’accumulent et s’amoncellent  inexorablement comme dû et dette. Aucune échappatoire ne pourrait tenir la route sans faire jaser à un dénie politique majeur et son retentissement fera ricaner infiniment l’histoire et ceux auxquels l’on a voulu ressembler.

Comme la révolution, la démocratie a ses exigences.

Moïse Sidibé  

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