Passeports biométriques : Le calvaire des Guinéens de l’étranger sous l’inertie du gouvernement

avril 21, 2017 11:01
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Depuis 2014, la Guinée a commencé à délivrer les passeports biométriques. Ce qui rend caduques tous les autres passeports non biométriques. Donc, pour avoir son nouveau passeport biométrique, pour les plus fortunés, il faut être physiquement présent. Ce qui complique la situation pour les Guinéens vivant à l’étranger dont les passeports ont expiré.

Après plusieurs plaintes, le ministère de la Sécurité, en collaboration avec les départements des Affaires étrangères et celui de l’Economie et des Finances, a décidé de déployer des commissions d’enrôlement dans certains pays européens (France, Belgique, etc.) afin de permettre à la diaspora guinéenne de se procurer desdits passeports.

Mais voilà que ces équipes tardent à arriver dans la majorité des pays, surtout ceux de l’Amerique du Nord où des milliers de Guinéens y vivent. Ce n’est que récemment qu’une équipe est arrivée pour la deuxième fois en France. Les Guinéens vivant dans les autres pays, notamment en Amérique du Nord, vont devoir garder leur mal en patience.

« Les Etats-Unis et le Canada, ce n’est pas dans l’immédiat. C’est d’abord en France », a affirmé le Secrétaire général du ministère de la Sécurité, Nawa Damey, au bout du fil de Guinéenews. A l’en croire, le retard du déploiement des agents enrôleurs est dû à un manque de ressources humaines et financières. Sic !

« […] Ce sont des techniciens. On ne peut pas avoir tout ce monde dans tous ces pays. Ensuite, c’est un problème de moyens financiers. Pour cette première phase, on a envoyé des équipes en France. On est en train de se préparer pour les Etats-Unis. Dès que c’est finalisé au niveau des finances, eux-aussi ils vont partir. Ce n’est pas la même équipe, mais c’est un problème de moyens », a-t-il expliqué.

Selon nos informations, en France, les Guinéens paient 140 euros, soit environ 1 million 400 mille francs guinéens. Une information démentie au départ par Nawa Damey, jugeant le montant trop élevé : « Non, ce n’est pas vrai. 140 euros c’est près de 1 million 400 mille GNF. Je ne crois pas. Je ne connais pas le montant qu’ils paient, mais je ne crois pas que ça atteint 140 euros ».

Puis, il cherche à se renseigner. Un ancien de la boîte lui a confirmé le montant. « Le passeport à Paris c’est combien ? » lui a-t-il demandé sur le champ. « C’est ça, hein ! Il y a un ancien ici qui me dit que ça doit être ce montant », a-t-il confirmé. Pourtant, le passeport en Guinée c’est 500 mille GNF, soit environ 50 euros.

Par ailleurs, lors de son dernier séjour au Canada vers la fin de l’année dernière, le Premier ministre Mamady Youla, avait promis de déployer des agents pour l’enrôlement des Guinéens de là-bas, dès qu’il rentre en Guinée. Mais comme on le voit, cette promesse est loin d’être tenue. Il répondait ainsi aux doléances posées par l’ambassadeur de Guinée au Canada, Saramady Touré, qui relayait les difficultés auxquelles sont confrontés les Guinéens de sa juridiction. Car, apprend on, l’ambassade avait émis un communiqué au mois de mai 2016 annonçant en fanfare l’arrivée de l’équipe d’enrôlement. Sans succès !

Joint au téléphone par Guineenews pour savoir ce qu’il en est des passeports biométriques pour les Guinéens du Canada, l’ambassadeur Saramady Touré, a fait savoir qu’il ne connait pas quand l’équipe d’enrôlement va arriver dans sa juridiction. « C’est Mme Diallo, le consul qui est chargée de ces questions-là », a-t-il coupé court.

Justement, Madame Diallo née Adama Kouyaté, chargée des affaires financières et consulaires de l’ambassade de Guinée à Ottawa, affirme de son côté « n’avoir aucune information fiable relative à l’arrivée de la mission d’enrôlement au Canada. »

Pendant ce temps, les Guinéens dont les passeports sont expirés sont bloqués dans ces pays, puisqu’ils n’ont pas de document de voyage valide. Que dire d’autres de nos compatriotes qui sont confrontés à d’énormes difficultés de renouvellement de leur permis d’études et de travail ? Bref, ils tirent tous le diable par la queue dû à l’inertie des autorités guinéennes, estiment les observateurs.

4 Commentaires

  1. Pourquoi vous n’avez pas dit au ministre de consulter le site de l’ambassade de Guinée à Paris pour voir de lui-même le prix (en plus il exige de payer en espèce. Suivez mon regard).

    En plus, pourquoi ne pas confié cette mission de délivrance des passeports (comme le Sénégal) au lieu d’envoyer des délégations qui vont couter plus cher.

    Tout ça c’est de la démagogie.

  2. Cher Monsieur Diogo Diallo, je souscris entièrement à ton analyse. C’est une histoire tellement triste, pour la simple raison que l’on a l’impression que l’Administration publique veut traiter cette question exactement comme s’il s’agissait d’un problème de recrutement à la Fonction Publique.

    Dans quel domaine, en Guinée, vous trouverez des avantages politiques, économiques et diplomatiques accordés à nos Compatriotes résidant à l’Etranger (en Europe, en Amérique, en Afrique et en Asie) ? Nulle part.

    Quelle recherche universitaire émanant des Chercheurs Guinéens et/ou quelle étude statistique fiables et denses sont disponibles sur l’analyse de toute les questions de la migration internationale des Guinéens ?

    Comparez ce qui se profile actuellement au Sénégal en faveur de la diaspora, vous ne pouvez pas du tout, y croire ! Dernières décisions en date, l’Assemblée Nationale Senégalaise aura 15 Députés de la diaspora aux prochaine législatives prévues le 2 Juillet 2017, et le Président Macky Sall s’est engagé en Février dernier, à octroyer à la diaspora Senégalaise, tous les terrains dont elle a besoin pour investir dans l’immobilier au pays.

    Regardez combien de fois en Guinée, nous sommes spécialistes pour nous enfoncer tous les jours dans les problèmes inutiles et dans la misère.
    Depuis 2010, l’Union Africaine a classé la diaspora Africaine au rang de 6ème Région du continent, après l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique Australe, l’Afrique de l’Est, l’Afrique du Nord et l’Afrique Centrale.

    Combien sont-ils nos compatriotes qui résident à l’Etranger ? Selon toutes les sources concordantes, ils sont au bas mot, 4 millions. Ce qui fait dans les conditions normales une population Guinéenne totale de 16,6 millions en y intégrant les 12,6 millions qui résident au pays.

    Quelle est la contribution annuelle des Guinéens de l’extérieur à l’Economie Nationale et au Produit Intérieur Brut ? Allez savoir.

    Que dit la Banque Mondiale ? La diaspora Africaine a envoyé en dépit de la grave crise financière internationale, près de 32,5 milliards d’Euros de fonds vers l’Afrique en 2016, d’après des sources citant la Banque mondiale. C’est dix fois le montant de l’aide internationale au développement. La diaspora représente donc aujourd’hui un investisseur incontournable pour l’Afrique. En France, beaucoup de ses membres essaient de créer des entreprises qui ont des intérêts sur les deux continents, mais il leur est difficile de trouver des financements. Alors c’est tout un système de débrouille qui se développe.

    À regarder de près les sommes envoyées, on mesure mieux les enjeux qui s’y rattachent. L’étude de la Banque Africaine de Développement (BAD) de 2014 est éclairante:
    En 2012, les Africains ont transféré vers leur pays d’origine près de 62,43 milliards de Dollars (58,21 milliards d’Euros), soit bien plus que l’aide publique au développement en faveur du continent, estimée, elle, à près de 56 milliards de Dollars, et même mieux que les investissements directs étrangers chiffrés à 50 milliards de Dollars, à cette date.

    En tête du palmarès des transferts arrivent le Nigeria avec 20,56 milliards de dollars, l’Egypte avec 20,51 milliards de dollars et, loin derrière, le Maroc avec 6,89 milliards de Dollars en 2012.

    Au Sénégal et au Mali, les migrants ne se contentent pas seulement d’envoyer des fonds « au village ». Ils sont également des promoteurs immobiliers, des bailleurs de fonds des projets socio-éducatifs tels que la construction des centres de santé, des écoles, la mise à disposition des fournitures scolaires.

    Dans d’autres pays du continent, ils participent à l’équipement des écoles et dispensaires en matériel informatique et en appareils médicaux. Ailleurs, les migrants s’organisent pour mettre périodiquement leur expertise à la disposition des pays d’origine en allant sur place assurer des missions médicales, d’enseignement ou de formation. Tout cela est naturellement bien vu.

    Bref, la diaspora représente aujourd’hui un investisseur incontournable pour l’Afrique et pour la Guinée. En France, beaucoup de ses membres essaient de créer des entreprises qui ont des intérêts sur les deux continents, mais il leur est difficile de trouver des politiques publiques au pays, qui les encouragent ou qui prennent en compte leurs préoccupations quotidiennes.

    Le cas des passeports biométriques en est un exemple typique qui ne se rencontre presqu’en Guinée, et contre les intérèts même de la Guinée !

    Question. Quel problème il y a pour le Gouvernement Guinéen à sous traiter carrément, la délivrance des Passeports biométriques avec le Ministère Français de l’Intérieur et ce, en faveur de tous nos compatriotes résidant par exemple en Europe ?

    Où est le problème, lorsque chacun sait à quel point beaucoup de Préfectures et régions du pays, dépendent aujourd’hui de l’envoi des fonds de nos Compatriotes résidant à l’étranger ?

    La même formule pourrait se négocier avec le Gouvernement du Canada pour couvrir toute l’Amérique du Nord.
    Par cette formule simple, le Gouvernement aurait règlé sans aucun souci, plus de 80% des problèmes de passeports biométriques des millions de Guinéens résidant à l’Extérieur, et très probablement en un temps record.

    Figurez-vous, quel service une telle méthode rendrait au Gouvernement. Quel pays pourrait à l’avenir accuser de laxisme et de complaisance, le Gouvernement Guinéen, dans la délivrance de faux passeports ordinaires, de passeports de services ou de passeports diplomatiques Guinéens ?

    De cette façon, tout le monde, Gouvernement et Diaspora Guinéenne y compris, sera tranquille.
    Une fois de plus, la diaspora est un levier inestimable pour le développement de l’Économie nationale. Rien qu’à cause de cet facteur objectif, il n’existe aucune raison d’éterniser leur calvaire, autour d’un service public minimum comme celui du passeport biométrique. Dommage.

  3. Ah! affaire de passeport biométrique-là est trop fort mes chers compatriotes. Je reviens de Ckry, Dieu merci j’ai pu obtenir le mien, grace aux bonnes relation de mon neveu sur place à Ckry. Sans lui je n’aurai pas pu retourner dans les meilleurs délais dans mon pays de résidence le Gabon. Meme en partant en quittant le gabon, il a fallu que l’Ambassade me fasse un laisser-passé, afin pour me permettre de sortir. Mais à vous dire la vérité, si vous voyez sur place comment nos compatriotes souffres pour l’obtention de ce passeport biométrique, vous auriez vraiment pitiés d’eux. Ils peuvent passer 3 mois sinon plus, sans compter les démarcheurs qui ne demandent pas moins de 300.000 FG. Décrire cet état choses, c’est une façon pour moi de participer au bon développement de la nation Guinée. Tout bon patriote doit pouvoir le faire sans injurier.

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