Émeutes à Boké, destruction d’engins, paralysie de l’activité minière : en avait-on besoin ?

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Les récentes émeutes sociales à Boké ont été violentes, très violentes. Commerces et magasins mis à sac, leurs propriétaires ruinés. L’effort de toute une vie anéantie. Trois engins lourds de la Société minière de Boké (SMB) – un Bull, un Grader et un compacteur – calcinés. Violence gratuite.

 

Les engins étaient engagés par la société dans la réparation de la route Boké-Baralandé, qui connaît un trafic intense. Cette voie est très utile à la préfecture et, par conséquent, au pays. L’opération visait à améliorer sa traficabilité. Les échanges commerciaux entre la ville et les villages desservis en auraient été accélérés. Ce qui serait très bénéfique pour l’économie locale.

Le plus injuste c’est que la SMB s’investissait gracieusement et très loin de son périmètre d’exploitation. Elle servait l’intérêt général à travers une action d’utilité publique. Elle a été mal récompensée.

Comme si le mal fait ne l’était pas assez, les émeutiers ont bloqué pendant plusieurs jours toute activité minière sur l’ensemble de la préfecture. Dans la zone bauxitique par excellence qu’est Boké, un jour sans production, sans transport de minerai vers les ports  et sans évacuation vers les raffineries à l’étranger, ce sont des millions de dollars perdus à la fois pour les compagnies mais aussi pour l’État. En a-t-on assez conscience ?

On dit, à tort ou à raison, que l’État ne fait pas assez pour le pays, les populations et les citoyens. Mais l’État ne peut pas avoir assez pour faire assez si, inconsidérément, l’on porte atteinte à l’investissement. Car on nuit au climat des affaires en Guinée et on compromet les efforts pour accroître le budget national de développement. On décourage les fonds à destination de la Guinée et l’on favorise les lobbyings qui se font à l’étranger contre l’investissement dans notre pays.

En particulier, une grande injustice envers la SMB doit être réparée. Elle est à un niveau d’investissements de 750 millions de dollars, bien loin d’être amortis. Et elle compte accroître ses engagements au fil des ans. C’est très prometteur pour la préfecture de Boké et pour le pays. Néanmoins, des personnes inconscientes et malveillantes agissent et agitent de longue main les trublions. Ils font du consortium minier la tête de Turc de la contrée. Ce n’est pas juste. Ce n’est pas de nature à encourager l’investissement étranger.

Ainsi, l’ex-ministre Alhoussény Makanéra, devenu opposant par dépit, est allé attiser le feu à Boké. Il a déclaré notamment que la SMB a utilisé ses bénéfices pour construire un siège. Non seulement, cette société est loin d’amortir ses gros investissements pour commencer à faire des bénéfices, mais la construction d’un siège est une obligation faite par le nouveau code minier à toute société minière qui obtient un permis d’exploitation. Le siège du consortium SMB-Winning à Sans-fil est d’ailleurs un joyau architectural dans la capitale. Si la société devait un jour quitter la Guinée, elle ne le démolirait pas.

Les propos d’Alhoussény Makanéra, natif et notabilité de Boké, ne sont pas étrangers à l’amplification des émeutes dans cette ville et à la destruction des engins de la Société minière de Boké. Il s’est montré irresponsable, immature et ennemi du progrès économique de son pays, dont il voudrait incarner une parcelle du pouvoir en se lançant dans la politique. Son comportement, comme son langage, est outrancier. Dans tout autre pays, il serait aujourd’hui derrière les barreaux pour incitation à la haine et à la violence.

Notons que l’État est actionnaire dans la SMB, conformément au nouveau code minier. Cette société respecte scrupuleusement le code, sans convention d’exonération fiscale ni douanière, en s’acquittant de toutes ses charges, comme peut l’attester l’ITIE.

Le consortium a subi trop de torts. Et pourtant, on ne peut rien lui reprocher dans les problèmes économiques, sociaux ou autres de Boké.  Bien au contraire. Les riverains, eux, le savent bien. Ils sont allés spontanément, jeunes et vieux, protéger ses installations.

La SMB ne nuit pas à l’environnement

Le transport de bauxite par la société se fait des mines vers les ports de Katougouma et Dapilon sans nuire à qui que ce soit ni impacter négativement l’environnement.

En perçant sa première route minière, qui fait 50 mètres de large et 23 kilomètres de long, la SMB avait pris soin qu’elle ne traversât aucun village. À dix kilomètres du port, pour éviter toute forme de nuisance, la route bifurque et s’éloigne de Katougouma. Elle est pavée sur ses six derniers kilomètres. Le transport de minerai par les camions de la société n’empoussière donc pas ce village, encore moins les autres plus éloignés. Pas plus que la bauxite elle-même, car elle est humide.

Les autres routes minières non plus ne traversent aucun village, elles les contournent assez loin. A fortiori, aucun camion ou engin de la société ne passe à travers la ville de Boké. Toutes les opérations se passent à des dizaines de kilomètres.

Les activités de la SMB n’ont aucun impact physique ou chimique sur l’environnement. Ce n’est pas le cas d’autres compagnies minières opérant en Guinée. En plus de dégrader fortement la nature sans reconversion possible, elles utilisent des produits polluants pour la nappe phréatique.

L’assèchement des rivières dans les zones environnantes n’est nullement lié à l’activité de la Société minière de Boké, mais à leur étiage quasi-nul en saison sèche. C’est d’ailleurs un phénomène saisonnier constatable sur la plupart des cours d’eau guinéens. La SMB n’utilise de l’eau à aucune phase de sa production ; la bauxite est extraite sur une faible profondeur, transportée via la route minière jusqu’au port de Katougouma ou de Dapilon et évacuée vers la Chine.

Quant à la poussière qui se dépose sur les frondaisons bien loin de son périmètre, et dont on dit qu’elle empêche les arbres fruitiers de produire des fruits à Coréra, elle est due au trafic intense sur la route qui joint Kanfarandé à la Guinée-Bissau. Cette route est publique, elle est constamment empruntée par des motos, des taxis, des minibus et des camions. De grosses bennes l’empruntent également pour se ravitailler en granit à la carrière de Kassongoni voisine, qui a alimenté la SMB au départ et alimente encore plusieurs projets, dont la CBG et de nombreux privés.

Pour soulager les populations, et en conformité avec son plan de gestion environnemental et social,  la SMB dédie gracieusement des citernes à l’arrosage de la route qui va de Baralandé à la carrière de Kassongoni. Ce tronçon est pourtant très éloigné de sa concession.

La SMB est très utile à Boké et à la Guinée

La société est en ordre avec les compensations financières pour les impacts sociaux. À ce jour, elle a payé des  millions de dollars aux villageois. Les rapports de l’ITIE et les archives des services des impôts en font foi. Le calcul des compensations est fait conformément à la réglementation en la matière, qui prend en compte plusieurs valeurs : la terre, la superficie, les essences végétales, leur âge, etc. Les terres bauxitiques sont pourtant inhabitées, arides et non cultivables. Ce sont des bowés.

La taxe annuelle destinée aux collectivités locales – 0,5 % du chiffre d’affaires – est à peu près égale à un million de dollars pour la première année d’exercice (juin 2015-juin 2016). Cependant, le montant global alloué au développement local par la SMB a été de plus d’un million et demi de dollars pour cette première année d’exercice.

Parallèlement à ces obligations légales, elle a refait des routes rurales et offert gracieusement des écoles et une trentaine de fontaines d’eau potable aux villages riverains, ainsi qu’à d’autres situés dans des sous-préfectures lointaines. Auparavant, les ruraux parcouraient deux kilomètres pour se ravitailler en eau à la rivière la plus proche. Bien évidemment, la qualité de cette eau laissait à désirer, elle nuisait à la santé publique.

Le consortium SMB-Winning a créé en moins de deux ans plus de 5 000 emplois directs, dont 95 % d’emplois locaux dans les phases de construction. C’est donc des milliards qui vont dans les ménages de Boké tous les mois. Pourquoi les Bokéka se détruiraient-ils ?

Le consortium a un régime fiscal complet (elle n’a pas d’exonération fiscale). Ses contributions au budget national – la taxe minière et la taxe d’exportation – pour 2017 vont être de 150 millions de dollars. Si on y ajoute toutes les autres contributions indirectes, ce sera au total 170 millions de dollars en 2017.

Quant à l’injection dans l’économie guinéenne, elle a été de 15 millions de dollars par mois l’année dernière. Cette année, elle sera de 30 millions par mois, soit 360 millions de dollars sur l’année.  Et cette manne ira crescendo. Le consortium exportera, en effet, 35 millions de tonnes de bauxite cette année 2017 et 80 millions de tonnes par an à partir de 2020.

Sa fondation appuie les arts et la culture en Guinée et notamment l’événement planétaire actuelle « Conakry Capitale mondiale du livre 2017 » qui se déroulera pendant un an en Guinée et accroîtra la visibilité du pays au plan international.

À l’évidence, la SMB est une aubaine pour la Guinée. Sur six décennies d’indépendance, notre pays, bien qu’ayant les deux tiers des réserves mondiales de bauxite, n’avait que deux compagnies de bauxite et seulement 7 % de parts sur le marché mondial. En moins de deux ans, le consortium a augmenté significativement la production guinéenne de cette matière première fortement demandée par la Chine. En 2016 il a fait de la Guinée le deuxième producteur mondial de bauxite. En 2017, il en fera le premier ou le premier ex aequo avec l’Australie. Les années suivantes notre pays caracolera en tête.

Mais que de mal-information, que de désinformation autour du consortium ! Il mériterait pourtant d’être chouchouté, non seulement par les Bokéka mais également par tous les Guinéens.

Pourquoi tant de bruit et de fureur contre la SMB ?

Parmi ses riverains, toute société minière doit compter avec des opportunistes tapis dans l’ombre et habiles à dresser les travailleurs contre la direction. La population voisine elle-même n’est pas à l’abri de leurs conspirations. Étant peu avisée, ils la manipulent à souhait pour réaliser leur dessein : allumer le feu en catimini et ensuite jouer les pompiers désintéressés. En vérité, ils cherchent à monnayer cher leurs « services d’apaisement » auprès de la direction.

Le consortium SMB-Winning a aménagé de nouvelles zones de cultures pour les paysans et prévu un financement pour les rendre plus productives. Il a construit un centre de santé, un centre de formation et plusieurs écoles pour les collectivités locales. Les travailleurs non qualifiés – tous recrutés localement – touchent au moins cinq fois le SMIC. La couverture sociale est assurée pour tous les salariés et leurs dépendants. Une navette est à leur disposition pour le transport. Le consortium a consenti tous ces avantages alors qu’il lui faut encore bien des années pour amortir ses énormes investissements et commencer à faire des bénéfices.

Il a par ailleurs des faits remarquables à son actif. Le président du conseil d’administration est guinéen. Le directeur général de la SMB est marié à une Guinéenne. À part le personnel technique du port – appelé d’ailleurs à être rapatrié une fois les  infrastructures portuaires entièrement construites -, le personnel dirigeant est majoritairement guinéen et perçoit un salaire que d’autres compagnies similaires installées en Guinée ne réservent qu’aux expatriés.

Le visiteur est frappé par le nouvel essor de Katougouma dans l’immobilier, signe que la localité gagne en valeur et attire même des étrangers. Or, quand le bâtiment va, tout va. La ville de Boké connaît elle aussi une prolifération d’hôtels et de villas cossues due à l’accroissement spectaculaire de l’activité minière ces deux dernières années dans la préfecture.

Le consortium, prévoyant, a refait et retracé les routes des cités riveraines de sa concession. Ce travail favorise leur extension selon un plan urbanistique correct. Tout laisse croire que Katougouma, Dapilon, Malapouya et Dabiss connaîtront un développement fulgurant, à l’instar de Kamsar.

Katougouma abrite un vieux port négrier.  Du XVe au XIXe siècle, y transitaient les captifs en partance pour l’île de Gorée, au Sénégal, pour un voyage sans retour vers les Amériques où ils étaient vendus comme esclaves. Ce quai historique et le développent impulsé par le consortium minier accroissent le potentiel touristique du village.

Pour une pacification accrue des relations de la SMB avec ses riverains

On n’apprend qu’à ses dépens. Les habitants de Fria, qui dépendaient fort de l’usine d’alumine – car elle a créé la ville et non le contraire -, le savent mieux que personne en Guinée. La compagnie RusAl, lasse des grèves intempestives et illimitées, s’en est allée il y a cinq ans. Et la ville, ébaubie, est devenue sinistrée au point que manger une fois par jour y est un luxe.

Les habitants de Zogota aussi en savent un brin de ce qu’il en coûte d’être vindicatif à l’excès.  Certains parmi eux s’en étaient pris aux installations de la société brésilienne Vale. Elle a plié bagages et le village a vu s’évanouir son rêve de devenir un jour une ville prospère.

Aujourd’hui ce sont quelques jeunes de la préfecture de Boké – devenue une zone économique spéciale suivant un récent décret présidentiel – qui s’en prennent à ses sociétés minières avec une rage inouïe.  Comme quoi l’expérience des autres ne nous édifie guère.

Dans la psychologie des foules, le sentiment de responsabilité individuelle est banni, le libre arbitre est aboli. Ce n’est pas l’homme qui pense dans la foule, c’est la foule qui pense dans l’homme. Tel un monstre polycéphale, l’on peut commettre ensemble des actes extrêmes, dont chacun est pourtant redevable au plan pénal ou moral.  La brutalité des foules est un atavisme des âges primitifs où la violence collective donnait libre cours aux instincts primaires inassouvis. Elle procurait à la horde  et à ses membres un sentiment de puissance et de sécurité qui resserrait leurs liens.

Dans les sociétés dites policées, la violence collective spontanée est un exutoire aux frustrations accumulées. Celles-ci sont d’ordre social, sociétal, politique ou autre. Mais elle a toujours un déterminisme existentiel.

On ne peut brider la foule et empêcher le déchaînement de sa violence latente que par la sensibilisation et, mieux encore, par l’éducation. Bien évidemment, les causes profondes de la violence doivent être identifiées et traitées. C’est à l’État de le faire.

La Guinée est sortie du bannissement international qui avait plombé son économie depuis l’indépendance.  Le climat des affaires a été suffisamment assaini pour attirer les capitaux et l’investissement étrangers. À l’évidence, ce qui s’est produit à Fria, Zogota et Boké ne doit pas faire école. Ce serait une aventure périlleuse pour le pays. Tout le monde y perdrait. Il faut amener les jeunes – qui sont l’avenir du pays – à intégrer cette donnée.

La SMB et ses partenaires asiatiques ont osé investir gros en Guinée quand d’autres lui tournent le dos. Certes le pays a les plus grandes réserves de bauxite et de fer, son sous-sol recèle plusieurs autres gisements. Mais il n’a aucune richesse stratégique ou en voie d’épuisement dans le monde. On doit avoir assez conscience de cette réalité pour préserver et sécuriser les investissements dans le secteur minier guinéen. Les compagnies occidentales se sont défaussées, les chinoises sont venues et sont restées, même lorsque Ébola faisait rage en Guinée. Leur patrimoine doit être protégé. Il profite aussi au pays dans plusieurs domaines.

Toute personne qui a le don de la persuasion doit s’impliquer dans l‘éducation des jeunes de Boké à la culture de la paix. Par delà, cette entreprise doit toucher toute la jeunesse guinéenne. Mieux vaut prévenir que guérir. Plutôt que de gérer les conflits  entre miniers et populations riveraines, il faut les prévenir. Les autorités administratives, les élus locaux, la presse locale, les enseignants, les communicants traditionnels, les artistes, les vedettes sportives et les parents qui ont encore un tant soit peu d’autorité sur leurs enfants doivent tous s’engager dans une campagne soutenue.

Dans la mesure où l’exploitation des gisements guinéens va prendre des siècles, on doit même penser à introduire au primaire et au secondaire des programmes d’éducation au respect de la propriété privée, en mettant  un accent sur la propriété minière. Les enfants sont très malléables. Il faudra, avec la meilleure pédagogie, leur transmettre les valeurs civiques fondamentales. On donnera ainsi des atouts sûrs à l’émergence économique de la Guinée.

El Béchir

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